RDC: Lutumba Simaro est mort ce samedi à Paris

RDC: Lutumba Simaro est mort ce samedi à Paris
Actualité Culture

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Un baobab de la musique congolaise est tombé. Simon Lutumba Ndomanueno dit « Simaro Lutumba Masiya » ou « le poète » est mort ce samedi à 3 heures du matin dans la capitale française où il était pris en charge depuis plus ou moins deux mois.

Guitariste talentueux et compositeur exceptionnel, l’ancien sociétaire du TP OK Jazz de Luambo Makiadi et leader du Groupe Bana OK était né le 19 mars 1938 à Kinshasa. C’est aussi le 19 mars 2018 dans la même ville qu’il a décidé de raccrocher définitivement avec l’art d’Orphée. Puis, il a décidé de confier la gestion de son groupe à un plus jeune, Manda Chante, lui-même leader d’un autre orchestre ” Wenge Référence”.

Parcours excepetionnel d’un génie

Ancien employé de la SEDEC (Société d’entreprise commerciale du Congo belge), il a été surtout le bras droit et le fidèle des fidèles du Grand Maître LUAMBO Makiadi Franco qu’il a servi et dont il a été l’ami jusqu’à la fin.

Il s’initie auprès de Kalonji, un guitariste congolais adepte du « zebola » (un possédé), un rythme et une danse des cérémonies d’exorcisme du peuple Nkundu de l’Equateur (Congo). En 1958, il débute professionnellement à la guitare rythmique dans l’Orchestre Micra Jazz. Un an plus tard, il rejoint le Congo Jazz de Gérard Madiata avec lequel il enregistre « Simarocca » (label Esengo), un titre passé inaperçu. Il s’illustrera avec « Muana etike » et « Lisolo ya ndaku », deux compositions teintées de spiritualité.

Sa popularité naissante arrive bientôt aux oreilles de Franco & l’OK Jazz qu’il rejoint en 1961. Simaro Lutumba y apporte sa touche personnelle : une technique de guitare inspirée du zebola, de la rumba, du jazz et de l’afro cubain et des chansons poétiques, éducatives et pleines de spiritualité. A la sortie de « Okokoma mokristo » (1969) et « Ma Hélé » (1970), deux chansons moralisatrices sur l’amour déçu, la stérilité et le divorce, les talents d’auteur, compositeur, guitariste et chanteur de cet intellectuel reconvertit dans la musique sont enfin reconnus par ses pairs.

S‘ensuivent plusieurs morceaux écrits entre 1971 et 1973 ; mais il faut attendre 1974 et la composition de « Mabele » (Ntoto) qui veut dire la terre, une rumba mélancolique aux variations jazz interprétée par Sam Mangwana, pour qu’il connaisse une réelle popularité. Mais ce franc succès provoque l’ire de Franco qui décrète, de peur qu’on lui fasse de l’ombre, de jouer uniquement ses propres compositions en concert. Les années de vache maigre de Simaro Lutumba prennent fin en 1984 avec la parution de « Maya », un album rumba / soukouss interprété par le jeune Carlito Lassa qui le remet aussitôt sur le devant de la scène.

En1986, il écrit « Cœur artificiel », un thème sur les relations humaines chanté en duo par Pépé Kallé et Carlyto Lassa. S’ensuit « Testament ya Bowule », etc.

Après la disparition de Franco survenue le 12 octobre 1989, le groupe décide, d’un commun accord avec la soeur du défunt, Marie Louise Akangana, de verser 30% des recettes aux héritiers qu’elle représente, les 70% restants allant à l’administratif, aux techniciens et aux musiciens.

Sous la présidence de Simaro, le TP OK Jazz réalise, entre 1990 et 1993, plusieurs spectacles et tubes; mais des évènements douloureux vont bientôt mettre un terme à cette harmonie, et Simaro Lutumba décide de mettre fin à sa collaboration avec le TP OK Jazz, après 37 ans de services dans cet orchestre.

Le 30 janvier 1994, il fonde l’orchestre Bana OK – entendez les “enfants de l’OK (Jazz)- en compagnie de Josky Kiambukuta et Ndombe Opetum. Leur premier disque, Bakitani, est une reconnaissance de l’héritage de Franco et du TP OK Jazz. Sortent ensuite Cabinet Molili puis Faute ya commerçant, deux albums rumba odemba / soukouss fidèles au style de Franco.

Après la parution, en 1998, de Toucher jouer et Trahison (réalisé avec Pépé Kallé), Bana OK fait une tournée européenne (France, Belgique). Ses albums, “Ingratitude” et “Tonnerre Show” (1999) laissent entendre de la rumba, du soukouss, voir du ndombolo d’une orchestration originale, avec des riffs de guitare aux couleurs jazz et parfois rock.

Ses textes poétiques sur les réalités socio-économico-politiques des Africains lui confèrent le statut de chroniqueur social, de journaliste et d’historien.